L’infra-politique adolescente

Par Avalanche :: 18/03/2010 à 11:29 :: Général

 

 

On a coutume de dire que les adolescents vivent une période de transition pénible, et qu’il est naturel qu’ils s’opposent à leur parents ou à ce qui peut les entraver. On se représente alors un état de la personnalité qui n’est que temporaire, une hésitation qui doit finalement déboucher sur l’état stable et mature qu’est l’âge adulte.

 

On peut penser au contraire que l’adolescence a une portée beaucoup plus générale quant à la façon dont nous vivons. Le côté ridicule des comportements et des réactions signale la singularité d’une personnalité en bute avec son entourage le plus immédiat. C’est peut-être l’essence même de ce qui est ridicule que de ne pas pouvoir s’ajuster à des conventions préétablies. Au plus proche de ce qui est très souvent un malaise, sinon une angoisse existentielle, l’émotion parvient difficilement à s’exprimer, c’est-à-dire à quitter l’idiosynchrasie d’un rapport à soi-même pour venir s’arrimer à un monde.

 

Présenté ainsi l’état adolescent s’inscrit dans un ensemble de situations plus vaste qui nous plongent dans le trouble, l’hésitation sinon à ce qui apparaît comme un retrait de la personne d’avec le monde qui l’entoure. Quand nous sommes simplement spectateur d’un tel état, les qualifications qui se prêtent le plus simplement prennent rapidement une tournure psychologisante, ce qui a le défaut de laisser dans l’angle mort la situation – dont nous faisons éventuellement partie. Savoir reconnaître ces situations, ce n’est pas simplement classer les personnes qui en sont troublées, mais s’interroger sur le caractère problématique de notre monde moderne, en ce qu’il serait devenu plus ou moins habitable pour certains. Cet état nous renvoie évidemment aux compromis éventuels que nous avons du faire pour s’ajuster avec lui. De fait, les adultes peuvent choisir d’enfermer le trouble d’une situation dans la personnalité problématique mais temporaire de l’adolescent, ce qui leur évite de questionner la situation et le monde plus vaste qui la contraint.

 

A l’inverse, l’insignifiance et l’idiosynchrasie du trouble adolescent peut se lire comme une question tout à fait politique. La maturité de l’adulte n’est ainsi jamais tout à fait acquise, et peut-être que l’impossibilité ou le refus d’un questionnement politique de plus large portée condamne les personnes à être qualifiées par leur trouble, au lieu que ce soit leur situation concrète de vie dans un monde devenu inhabitable (ce que en général on qualifie par le fait que la situation est « trop compliquée »). Notre société a acquis une vaste dimension permise par l’abstraction des formes marchandes. Celles-ci produisent des liens et des situations qui ne sont pas fait pour être habités, mais pour être fonctionnels. Dès lors il est difficile de tout stopper pour s’attarder sur un trouble personnel, à l’image d’une chaîne de montage industrielle qu’il faudrait arrêter parce qu’un ouvrier a un malaise.

 

M83 est un groupe de musique dont l’auteur est très inspiré par l’état adolescent, et les clips que l’on trouve des chansons « Kim and Jessie », « We own the sky » et « Teen angst » apportent beaucoup d’interprétations à des morceaux que l’on pourrait sinon juste considérer comme planants ou simplement romantiques. A la limite du mauvais goût parfois, ces petits films présentent un monde clos dont les personnes qui en font partie sont toutes adolescentes de par leur âge et les situations que ces films montrent. Ce choix est peut-être fait par accident, cependant il montre cette caractéristique de notre société que de susciter cette séparation radicale entre classes d’âge, et l’on songe immédiatement à l’univers scolaire comme l’élément structurant et central non seulement de l’état adolescent, mais de la société où il prend place.

 

« We own the sky » pourrait être une publicité pour une marchandise improbable tellement les acteurs semblent avoir été choisis pour leur impeccable juvénilité et leurs sourires sans défaut. Ni adultes, ni enfants, on les voit cependant se comporter avec la sincérité des enfants, jusqu’à un événement surréaliste que je vous laisse découvrir. Au premier abord, on peut trouver l’excellente musique de M83 bien trop emphatique et généreuse face à l’insignifiance des saynètes sociales affichées. Rapidement j’ai cependant senti que ces images donnaient corps à une musique parfois abstraite pour moi, et que je n’appréciais sinon que relativement à mes habitudes en matière de ce style de musique (« shoegaze » pour les spécialistes).

 

En plus de ces trois morceaux que je cite ici, j’ai découvert une autre vidéo qui jouait encore plus la carte de l’insignifiance, travaillant pour le coup un sens du détail et un rapprochement encore plus fin avec la musique qui peut alors finir par vous saisir tout à fait si d’aventure cela fait écho à quelque chose en vous. Du minimalisme de ces créations, il ne faut cependant déduire aucune espèce de nihilisme, ce serait là une interprétation très peu attentive à une de leur dimension essentielle, qui est l’absence d’une quelconque autodérision, d’un cynisme désabusé ou de citations superficielles. En puisant dans cet état adolescent dont on peut dire qu’il n’est guère spécifique à une classe d’âge, mais plutôt à la forme marchande d’une société, M83 et l’interprétation par ces films semblent avoir réussi à convoquer l’intimité du trouble de cet état, en lui donnant des formes de résolution et de félicité qui n’effacent pas la trace de cet état.

 

 

Il faut dire aussi que les morceaux plus mélancoliques de ce groupe inspirent pour le coup des films où l’habitabilité du monde moderne est plus directement questionnée, ne serait-ce qu’avec l’insistance de paysages urbains tels que ceux du film « Lost In translation » dont les scènes se déroulent au Japon et où le personnage masculin séjourne pour tourner des publicités. La proximité des protagonistes de ce film avec l’état adolescent prouve que, pour engager les personnes dans ce trouble, l’âge est moins significatif que la spécificité d’un monde fonctionnel mais inhabitable. C’est pourquoi de nombreuses scènes ont lieu dans un hôtel qui, bien qu’il soit luxueux, compose un lieu d’où les corps se tiennent à l’écart et où les pensées se replient en elles-mêmes pour tenter de se lier avec cet autre qui vit la même chose.

 

 

Statuts pour une association dirigée par l'AG

Par Avalanche :: 02/12/2009 à 12:07 :: Colombes
Il est parfaitement possible d'écrire et de déposer des statuts où il est précisé que la direction de l'association est confiée à l'ensemble des membres, et non à un groupe restreint, comme un Conseil d'Administration ou un Bureau. De tels statuts, où l'Assemblée Générale est souverraine, permettront aux adhérents de reprendre le main à tout moment sur l'association, ce qui est une garantie indispensable pour un fonctionnement démocratique pérenne.

Malheureusement, sur les jardins Audra à Colombes, certaines personnes actives considèrent qu'une association dirigée par un Conseil d'Administration est la norme, et qu'elle se justifie par une efficacité (rapidité) dans la prise de décision.

Quand on commence à considérer, à une toute petite échelle comme celle de ces jardins, que l'efficacité prime sur le consensus, on ne pourra guère s'étonner de l'état général actuel de dépossession des personnes à l'égard des institutions.
Il y a de quoi être pessimiste pour l'avenir, quand ceux qui se présentent comme militants reconduisent l'impuissance politique dans sa plus simple expression : celle de la soumission à une temporalité extérieure, imposant des décisions rapides. On comprend mieux aussi pourquoi tellement de personnes considèrent que la démocratie c'est pouvoir voter. Quoi de plus efficace en effet que le vote pour produire symboliquement du commun, du public. Sauf que ce commun n'est évidemment qu'une pure illusion. Des décisions seront certes prises, mais si elles sont applicables, ce ne sera que par la contrainte ou par un détour (et spécialement par l'argent).

Enfin bref, pour éviter de se lamenter, on pourra prendre connaissance des statuts-type suivants. Ils ont été utilisés pour une association réelle et déposés à la préfecture de Paris.

STATUTS DE L'ASSOCIATION : xxx

ARTICLE 1 : Titre

Il est fondé entre les adhérents aux présents statuts une association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901, ayant pour titre : xxx, fondée en xxx

ARTICLE 2 : Objet

A compléter

ARTICLE 3 : Siège social

Le siège social est établi chez xxx.

Il pourra être transféré sur simple décision de l’Assemblée Générale.

ARTICLE 4 : Durée

La durée de l’association est indéterminée.

ARTICLE 5 : Les membres

L’association se compose de :

1) Membres d’honneur

Sont membre d’honneur, ceux qui ont rendu des services signalé à l’association.

2) Membres bienfaiteurs

Sont membres bienfaiteurs, les personnes donnant un bien financier ou nature à l’association.

3) Membres actifs

Sont membres actifs les personnes participant aux activités de l’association.

4) Membres du bureau

Président : xxx

Trésorier : xxx

ARTICLE 6 : Admission

Pour être membre de l'Association, il faut adhérer à l'objet défini par les présents statuts et au Règlement Intérieur ou à la Charte s'ils existent et être accepté par l’Assemblée Générale. L'acceptation étant de fait, le refus d'acceptation, devra être notifié à l'intéressé par tout moyen.

La qualité de membre de l'Association se perd par la démission, par la radiation pour motif grave prononcée par l’Assemblée générale, le membre concerné ayant préalablement été entendu, pour non paiement répété de la cotisation, par décès.

ARTICLE 7 : Radiation

La qualité de membre se perd par :

• La démission

• Le décès

• La radiation prononcée par l’Assemblée Générale pour motif grave. L’intéressé ayant été invité par lettre recommandée à se présenter devant l’Assemblée Générale pour fournir des explications.

ARTICLE 8 : Ressources

Les ressources de l’Association comprennent toutes formes de ressources (cotisations, subventions, …) dans la mesure où elles ne sont pas contraires aux lois et règlements, à l'éthique de l'association, et contribuent à la poursuite de son objet.

ARTICLE 9 : Direction

L’association est dirigée par l’ensemble de ses membres actifs constitués en assemblée générale. Pour représenter l’association, faire toute opération bancaire, convoquer l’assemblée générale, tenir à jour le fichier des adhérents, et autre action engageant l’association, un ou plusieurs membres devra recevoir un mandat impératif de l’assemblée générale. Le mandat impératif est un ordre de mission précis donné à un membre pour une période donnée par l’assemblée générale. Le ou les mandatés peuvent être révoqué au cours de son mandat s’il n’a pas agi conformément à son mandat.

ARTICLE 10 : Assemblée générale ordinaire

L’assemblée générale doit se tenir au moins une fois tous les 6 mois. Une semaine au moins avant la date fixée, les membres de l’association sont convoqués par le mandaté pour cette mission. L’ordre du jour de l’assemblée est indiqué sur les convocations et un formulaire de pouvoir permettant de donner pouvoir à un autre membre présent lors de l’assemblée doit être prévu. Seuls les pouvoirs dûment remplis et signés précisant le nom et l’adresse du membre remplacé lors de l’assemblée serons pris en compte, les pouvoirs arrivés en blanc (non remplis) ou adressés au nom d’un membre non présent ne peuvent être pris en compte lors du vote et sont considérés comme nuls.

ARTICLE 11 : Assemblée générale extraordinaire

Sur la demande d’au moins 25 % des membres actifs, le mandaté pour cette mission peut convoquer une assemblée générale extraordinaire suivant les formalités prévues à l’article 11.

ARTICLE 12 : Procédure de décision

Les décisions concernant :

a. La modification du règlement intérieur,

b. La modification des statuts,

c. Les mandats impératifs,

d. Ou tout autre sujet ayant trait à l’association,

sont prises autant que possible par consensus ou sinon à la majorité qualifiée de 75% des membres actifs présents et représentés, avec un quorum de 75% des membres actifs. Toute décision concernant la modification des statuts se prendra en assemblée générale extraordinaire.

Les décisions concernant,

e. La cooptation d’un nouveau membre,

f. La radiation d’un membre (cf article 7), sont prises en assemblée générale ordinaire ou extra-ordinaire. Une majorité qualifiée de 75% de membres actifs présents et représentés avec un quorum de 75% des membres actifs est nécessaire pour que, selon le cas, l’individu soit coopté ou le membre radié.

ARTICLE 13 : Règlement intérieur

Un règlement intérieur peut être établi par l’assemblée générale. Ce règlement éventuel est destiné à fixer les divers points non prévus par les statuts, notamment ceux qui ont trait à l’administration interne de l’association. Il prévoit des règles de conduite des membres et précise les motifs d’exclusion et de cooptation des membres.

ARTICLE 14 : Dissolution

En cas de dissolution prononcée par 100% des membres actifs présents ou représentés avec un quorum de 90% des membres, 1 ou plusieurs liquidateurs sont mandatés par l’ultime assemblée générale et l’actif, s’il y a lieu, est dévolue conformément à l’article 9 de la loi du 1er juillet 1901, et au décret du 16 Août 1901. La dissolution de l’association se décide lors d’une assemblée générale extraordinaire.

xxx yyy

Président Trésorier

 





Terrains et maisons sans usage à Colombes

Par Avalanche :: 17/06/2009 à 10:32 :: Colombes
Maisons murées :

- 9 rue Danton (petite maison)

- 20 rue des Ecoles (petite maison)

- près de l'intersection Bd Valmy/Avenue Audra (grosse maison)


Terrains en friches :

- face Cycles Moisdon (122 rue Gabriel Péri)

- grand terrain de 3000m2, situé avant le 22 Avenue Audra




Des textes privés de sens ?

Par Avalanche :: 26/05/2009 à 11:19 :: Ecriture-textes
Je mentionnais le cas où le texte écrit se désarticule, vis-à-vis des règles habituelles, pour essayer de prendre d'autres formes. Ce n'est pas évident à comprendre. Or il se trouve que j'ai pratiqué ce genre d'écriture, sans forcément d'objectif précis. Je vais donc donner des exemples de formes.

Pour produire de nouvelles formes, il faut maîtriser une technique pour le faire. Il n'y a pas forcément besoin de drogues... Car il y a toute la grande famille de l'écriture automatique. Une façon de le faire est d'écrire en se concentrant sur les sonorités des mots avant toute chose, et de maintenir cette attention au moment où on écrit (ne pas penser à ce que l'on va écrire avant d'écrire). On peut alors jouer avec cette attention un peu comme on met la tête sous l'eau un moment, puis se relevant, et ainsi de suite, pour maintenir malgré tout le texte dans une forme proche de ce que l'on attend d'un texte. Car à l'extrême on n'écrit même plus de mots, mais simplement des sons. Le plus souvent c'est la syntaxe qui trinque. Est-ce que pour autant le texte écrit perd son sens ?
C'est toute la question.

La première partie du texte suivant illustre cette première technique. La deuxième partie du texte est beaucoup plus contrôlée quant à son sens.



C’est comme je jouais que je parlais que je partais. Dans cet espace. C’est exactement cet espace sucré.
J’ai pris cet exemple parce qu’il est significatif. C’est à cet effet que.
Personnellement, l’ennui me brusque beaucoup, et c’est en vain que le brusque enfin le brusque vivre exactement là puis il part, c’est le brusque à part. Très doux.
Et lorsque cet espace grandi, cette drôle de couleur qu’a le ciel. Cette drôle de couleur qu’a la résonance.
Des fois le souffre au souffre au lin les vains, leurs exactes… comment s’appellent-elles déjà ?

Je ne m’en souviens plus, le homard ailé m’agite en ce moment même, à sa drôle de façon brusquée – j’ai attendu longtemps pour l’avoir. A ma disposition là disponible sous l’exacte noirceur de ce bleu foncé cet étrange. Anormale c’est autour c’est en dedans j’ai subis une envolée -  j’ai voulu de le dire, mais trop tard elle est retombée. La réalité c’est toi. Sais-tu, tu es l’étalon de brusques avancées, la nuit tu n’agis pas certes, tu me laisse reposé. Jamais suffisant, quelle pensée m’a traversé, le transperce le gîte là non pas à sa propre disposition du fleuve en cœur le foie c’est ça tout en disposition malhonnête grande grosse de quoi le lu l’obscène présence je cherche un temple pour m’abriter. De gros alluvions. Lorsque le trait.
Je t’ai déjà précisé le doux fait des lampes, toutes temporaires rampantes.  Par dessus tombant. Superposé, le regard s’étonne.
T’ai-je déjà parlé de l’étonnement ?
Et bien j’ai découvert que cela pouvait se commande, sur mesure, selon la place disponible des espaces courants, très simplement, par une action spécifique de la pensée, certes, mais accessible pour n’importe qui.

Que ferais-tu si tout à coup quelqu’un te demandait d’aller te promener sur des onces possédées, ouvertes au fourmillement ?
Dans cet espace grandi, les gens se connaissent déjà. Ils n’ont pas cette fausse curiosité ; mais il s’étonnent toujours des connexions.
T’ai-je déjà parlé du travail et des récompenses ? Et bien, c’est logique, la fête n’existant pas, le travail non plus. Je te l’ai déjà dit : tout est dans l’étonnement et l’entraînement de ses possibilités. Les accumulations ont lieu une fois l’an. Alors on redistribue, un peu au hasard, les nouvelles possibilités. Des oiseaux meurent, c’est justice, mais leur souvenir de leur possibilité restait. Par exemple, certains pouvaient voler au travers des bois. Le souvenir pouvait s’utiliser comme possibilité à part entière, d’une manière adéquate et assez simplement. Par exemple en claquant l’air suffisamment vite, on le transformait en énergie pour la maison ou la guerre.
Certains se transformaient agréablement en porte. C’était nécessaire. Les possibilités n’étant pas énormes, il s’essayaient au souvenir, et là, ça marchait. Ils y introduisaient le vent, les claquements et réinventaient le cours de l’histoire.
Par le procédé de l’étonnement, on pouvait aussi engendrer des effets destructeurs, quoique un peu spéciaux (c’était un genre d’archéologie mastodonte). Ceux-là aussi étaient bienvenus.
T’ai-je déjà parlé des promesses et de ce genre de chose ? Mais si, mais si, elle existait encore. On avait créé un marché unifié d’échange spécialement pour ça. Même réglementées, les spéculations y allaient bon train ; on s’échangeait une promesse contre une autre dont on espérait un meilleur résultat. La bulle des promesses n’éclatait pas pourtant : jamais il n’est venu à quiconque l’idée d’en échanger contre de la réalité.
Dans les bibliothèques, on trouvait les anciens ouvrages, ceux qui parlaient de difficultés et de facilités. Mais ça ne représentait pas grand chose, à peine trente millions d’ouvrages en tout. La majeure partie était consacrée à l’étonnement et à ses sous-disciplines.

(Automate 14. 14 mars 2002)




Ce deuxième texte, beaucoup plus digeste, illustre simplement l'utilisation de l'espace pour briser la linéarité habituelle de la disposition d'un texte sur une feuille ou un écran. On peut par exemple utiliser les mini-chocs et décalages produits pour dire plus nettement ce que veulent dire les mots. Cela revient peut-être à donner de l'intensité dans le texte lui-même, visuellement, comme si le texte était chanté.






D é c o u v r a n t les  f a i b l e sses du monde

 

En moi

Ricochant à la façon de
Trottoirs, dédales inconnus, en un horizon trop

Rapproché

S’abattant parfois d’un coup

 

 

Explorant territoires, et cherchant trop
Lentement la
Preuve de la vie

J’attends

Mais le chemin va trop

Vite pour les mots raclés

A la porte d’une
Vie étrange
                        J’ai attendu

Mais le chemin trop
Vite pour mes mots qui
Traînent sans révolte

Sont-ils morts ?

Coincés à l’extérieur des portes du train
Devant les interminables maisons
Suites éteintes dans la nuit ; forçant à

Recompter les absents
Désir et autres

F   u   t   u               r   s 

 

Trop vite pour l’ancienne vie
Pour mes mains qui
Lorsque, enfant, tu 

Marchais

A un bord

J’en
Découvre (et dérapant)
Rou  a          g          e          s ,           posant

Ceci                         ou                        bien

Mes mains là où

Je peux les poser



(Découvrant. 11 juillet 2003)



Renommage du blog

Par Avalanche :: 03/11/2008 à 10:32 :: Général
    Plutôt que de créer un nouveau site pour un nouveau thème, je conserve ce site dont le caractère confidentiel convient très bien. Décroissance à Colombes (quartier de la gare) devient donc Socio-philosophie de l'écriture. Les trois articles à la tonalité très engagée permettront de donner un contexte à une réflexion qui autrement pourrait paraître gratuite.

    Il y a beaucoup de personnes qui écrivent d'abord pour elles-mêmes ; les autres semblent la plupart du temps payées pour écrire. Intuitivement je suis donc tenté de penser que l'écriture n'est pas spécialement un outil de communication, n'est pas vraiment une technique dont les buts sont clairs, sauf dans un contexte contraignant où cette activité peut être orientée vers un but, comme une activité économique.
 
    J'ai envie de saisir les écritures possibles par les intentions particulières qui sont au principe de cette activité, les intentions de l'auteur. Qu'un texte soit lu est peut-être secondaire dans la plupart des cas, le lien possible entre les lecteurs et l'auteur faisant souvent défaut. C'est le cas sur Internet où certaines personnes, par exemple sur des forums publics, ont beaucoup de mal à intervenir parce qu'elles ont l'impression de parler dans le vide. D'autres qui ont l'habitude d'écrire pour elles-mêmes y arrivent mieux ; elles n'ont pas besoin de se figurer un interlocuteur précis pour se motiver à écrire. Elles veulent d'abord mettre de l'ordre dans leurs idées, utiliser l'écriture comme un dispositif de construction de ces idées. En cela, le texte n'est pas le résultat de pensées ou d'images préétablies. Il est une exploration dont le cheminement peut être parcouru à nouveau, à chaque lecture. Une fois le texte écrit, l'auteur peut se relire en s'imaginant à la place d'un lecteur imaginaire (ou peut-être quelqu'un qu'il connait bien). Mais il y a d'autres créations qui ne souffrent pas cette étape, des textes qui n'ont vocation à être relus. L'écriture est alors utilisée comme technique de manipulation de soi, dans l'optique de créer un état mental par reformulation de ce qui est tenu pour réel. A l'extrême, l'écriture peut se désarticuler complètement vis-à-vis de règles courantes, de la syntaxe, de l'enchaînement des phrases ou même de la disposition spatiale des lettres et des mots (les poèmes de Du Bouchet, Dans la chaleur vacante, donnent une idée de ce genre d'exploration).
   
    Il paraît donc difficile de saisir un texte en s'en tenant uniquement à lui, sans s'intéresser à l'intention de son auteur. Bien-sûr on peut lire et même utiliser un texte comme on le souhaite, comme une matière entièrement détâchée de son auteur. Cela est d'autant plus légitime que l'auteur peut chercher à mentir, ou du moins à brouiller son intention, ou encore le plus souvent à ne pas même vouloir la saisir. Le fait que des textes n'aient pas vraiment de sens ou soient incompréhensibles, cela n'est pas tellement le fait des lecteurs.

    Beaucoup de textes ne sont pas vraiment destinés à être lus, et cela traduit certainement un certain contexte où vivent actuellement les personnes. Cette étape où l'écriture se justifie par le fait d'être lue n'est pas forcément franchissable facilement.

    On peut cependant s'intéresser aux textes extrêmement cadrés (comme des articles de presse). Leur présence influe certainement sur l'écriture privée, hors cadre, qui peut se positionner contre eux pour affirmer un autre rapport à la réalité, ou au contraire les mimer pour tenter de récupérer de leur puissance. C'est tout l'enjeu de la forme du texte. S'il est conscient de cela, l'auteur peut décider à quoi ressemble ce qu'il écrit, se servir d'autres textes comme de tuteurs l'aidant à exprimer quelque chose demeurant incertain.


   

Les destructions de chemins de fer à Colombes et alentours (1837-1848)

Par Avalanche :: 21/04/2008 à 16:59 :: Colombes
On trouve à la bibliothèque Jacques Prévert une thèse contenant quelques pages à propos des destructions de voies ferrées à Colombes (1).

Ainsi, quelques jours après l’ouverture de la ligne de Saint-Germain, en 1837, « le Préfet informa le Maire qu'un bloc de fonte avait été découvert en travers des rails et qu'un surveillant de la Compagnie dépêché sur place avait été accueilli par des jets de pierres » (ibid, p. 75). L’année suivante, en juin 1838, le directeur de la Compagnie des chemins de fers a été alerté sur les intentions des habitants de Colombes d'enlever des rails un samedi, pour empêcher la circulation des trains le dimanche. A plusieurs reprises des soldats viendront à Colombes pour surveiller la voie.

Pour l’auteur, il s’agit bien d’ « actes concertés d'hostilité » contre le train, et non des actes individuels isolés, comme ces jets de pierre jets au passage des ponts souvent signalés par les conducteurs de train. « (…) On peut penser que si l'adhésion fut totale dans cette partie nouvelle de la population qui, bien souvent, fit l'aller-retour quotidien à Paris, il n'en fut pas de même pour une partie des habitants plus anciennement établis et ayant leur activité sur place ; ceux dont les chemins menant à leurs parcelles avaient été coupés, par exemple. ». Plus tard, en 1851, lors de l’ouverture de la station de Colombes-centre (l’actuelle gare de Colombes), l’enquête publique révéla une « opposition très vive à ce nouveau chemin de fer »  (ibid, p. 22).

Mais c’est pendant les deux journées des 25 et 26 février 1948 que les destructions sont les plus importantes. Le pont et la station d'Asnières, les stations de Colombes, Nanterre, Reuil, Chatou sont mises à feu ou saccagées, ainsi que des rails arrachés (p. 76). A propos de ces sabotages concertés, la Gazette des Tribunaux mentionne « une foule nombreuse s'animant à la destruction ».

L’auteur de la thèse cache mal son embarras à propos de ces destructions. Quels en étaient les motifs ? Qui étaient les saboteurs ? Sur le temps très long que couvre la thèse, il n’est guère possible de s’appesantir sur une période aussi courte, d’autant plus qu’au final le train finira par rouler et être accepté par ses habitants. De même, les révoltes luddites en Angleterre n’ont duré que quelques courtes années (1811-1812 principalement), durant lesquels une partie de la population a tout fait pour contrer l’avènement du capitalisme industriel (2). Ces révoltes seront ensuite soit oubliées, soit moquées comme étant archaïques, notamment par la mouvance marxiste.

Il est vrai que l’on comprend mieux, rétrospectivement, les raisons légitimant la destruction des outils de l’économie, que sont le train et les machines à tisser, par lesquels les personnes sentent bien que l’emploi de leur vie va leur échapper. C’est parce qu’elles le savent que ces personnes s’organisent, de façon secrète. Il n’est pas étonnant, qu’en première analyse, l’auteur de notre thèse n’ait pas de réponse à ses questions. L’opacité à l’égard des institutions en place est assez logiquement la forme sociale que prend l’opposition à l’économie.

Lors d’un procès, le capitaine de la Garde nationale de Chatou qui n’avait pas empêché les destructions se justifie : « les dévasteurs disaient qu'il n'y avait plus de gouvernement et que chacun pouvait faire ce qu'il voulait. Nous ne connaissions que très imparfaitement les évènements de Paris : la poste ne marchait pas, nous n'avions ni lettres ni journaux. ». C’est curieux que la première chose qui vienne à l’esprit à une population libérée de son gouvernement, c’est la destruction des chemins de fers près de chez elle !

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(1)  
Mathieu Poletti, Formation économique, sociale et politique d'une banlieue : Colombes 1830-1930, thèse Université Paris X, direction Francis Demier

(2) Voir notamment Kirkpatrick Sale, La révolte luddite : briseurs de machines à l'ère de l'industrialisation, L'échappée, 2006.


Ne pas voter

Par Avalanche :: 13/03/2008 à 15:40 :: Général
Quoi penser de l’Etat et des collectivités locales ? Il semble que le niveau de la critique est particulièrement faible sur ce point. La nébuleuse « décroissance » pointe les questions écologiques, les reliant plus ou moins avec le mouvement de l’économie et de l’industrie. Mais cela fait généralement abstraction des institutions dites « publiques », de l’administration comme bureaucratie particulière. Tout cela n’est pas questionné alors qu’il est évident que les bureaucraties publiques sont présentes à tous les niveaux de la vie quotidienne, quoique de manière abstraite et banalisée, et qu’il ne s’agit pas d’une particularité française.

Certes, la critique de l’ « Etat » s’entend couramment dans la mouvance libertaire. Cependant c’est une critique « extensive », tout au plus une posture, qui démarre sur un problème de vocabulaire et de quiproquos : qu’est-ce que l’ « Etat » ? Car dans le langage courant et selon les termes juridiques, on distingue l’Etat et les collectivités locales ou « territoriales » (région, département, commune, etc.). La distinction de ces deux niveaux fait croire à deux réalités organisationnelles distinctes, une centrale et nationale, l’autre locale. Il me semble que beaucoup de personnes, plus ou moins volontairement, jouent de cette distinction pour sortir les bureaucraties locales d’éventuelles critiques. Le « local », le « territoire », le « régional » sont autant de termes qui sonnent sympathiquement, alors que l’échelon « national », l’Etat « central » est éventuellement connoté négativement.

Même sans rien y connaître, il suffit d’ouvrir un livre sur les collectivités territoriales pour constater que tous les niveaux d’interventions des bureaucraties publiques sont 1/ imbriqués 2/ illisibles. Il n’y a pas un Etat d’un côté, et des collectivités de l’autre. Mais plutôt différents niveaux d’interventions où l’autonomie de chaque niveau signifie d’abord son inclusion dans un niveau d’ordre SUPERIEUR. Le mot « autonomie » est évidemment un autre trompe-l’œil langagier.

La décentralisation (à partir des lois de 1982 notamment) correspond plutôt à un renforcement de l’emprise des bureaucraties publiques, et non un recul de celles-ci. Les chiffres des effectifs montrent que le nombre de fonctionnaires d’exécution (catégorie C) est bien plus important dans les échelons locaux que dans les échelons du national (fonction publique d’Etat), où la catégorie supérieure A est bien plus importante. La croissance des effectifs de fonctionnaires aux niveaux locaux ne signifie pas plus d’autonomie au niveau local, mais  pourrait signifier plutôt une action bureaucratique plus précise, plus efficace, plus complète, et à l’inverse une dépossession plus grande des individus face aux bureaucraties publiques.

La critique des bureaucraties publiques est difficile à faire. Une bonne part de la critique sociale est de gauche, et cette critique-là s’appuie sur le présupposé qu’il existe une « chose publique » (des décisions, des « services publics », etc.) à laquelle tous les citoyens peuvent participer. Autrement dit, l’idée de démocratie est indissociablement liée à l’existence des bureaucraties publiques, qui n’ont de cesse de justifier leur existence au regard d’un intérêt dit « général », qui disqualifie très hypocritement le « privé » pris dans un sens très large - car le « privé » de Monsanto ou de Bouygues n’est pas le « privé » d’un collectif souhaitant se réapproprier ses conditions de vie quotidienne, comme le logement,  l’alimentation ou la santé par exemple. Malgré le fait que les bureaucraties publiques sont des organisations comme les autres (avec des organigrammes, des doctrines managériales, des postes spécialisés, des salaires, etc.), on maintient la fiction de leur spécificité au regard d’un grand TOUT qui est LA société, avec ses frontières essentiellement nationales pour l’instant. Perdre ces bureaucraties, ce serait perdre l’idée de ce tout.

Un autre frein à une critique conséquente des bureaucraties publiques est l’idée que l’argent qui circule par le biais des impôts, faisant fonctionner la machine-travail bureaucratique, est comme « blanchi », parce que cet argent peut circuler par différentes canalisations magiques suivant une ligne de plus grande pente sociale : des riches vers les pauvres.

Mais que représente cet argent quand il innerve la machine-travail sous forme d’impôts ? Des heures de travail consacrées à produire les conditions de vies (au sens très large de ce qu’exige le niveau de vie de con moyen) de personnes s’activant dans les bureaucraties publiques. Quant aux bureaucraties publiques, qu’est-ce qu’elles produisent ? Egalement les conditions de vies d’autres personnes :

1/ celles travaillant, en rendant possible ce travail (infrastructures de circulations des marchandises, personnes comprises, etc.).

2/ mais aussi celles ne travaillant pas (enfants et adultes en formation, malades, invalides, etc.), à travers la reproduction de la « société » dans ces différentes classes d’individus-rouages.

Autrement dit, dans ce chassé-croisé d’argent, tout est imbriqué dans tout et c’est dans un esprit de simplification et de fatigue mentale que l’on distingue - en les opposant - ce qui relève du public, et ce qui relève du privé. Alors très vite, nous sommes enrôlés dans ces luttes internes à la machine-travail, public contre privé, toujours dans un état de fatigue avancé, quoique devinant confusément que ces contradictions alimentent la robustesse d’ensemble de la machine dont nous restons les rouages toujours plus fins.

Car le combat pour avoir plus d’argent (pour développer les services publics, ou bien pour développer les entreprises privées) n’est généralement pas compris pour ce qu’il est : un combat pour s’approprier le temps de travail d’autrui, afin de développer des activités spécialisées toutes interdépendantes entre elles, à une échelle décourageant à chaque seconde tout effort pour s'en émanciper. Autrement dit, on avance en rond comme des hamsters roulant dans l'économie sans fin. Tel le cheval aux oeillères tirant derrière lui la charrue de la forme-valeur dans des champs de l'équivalence, nous recompactons et nous relabourrons sans relâche des sols épuisés, où ne poussent que les plantes malades de notre survie économique augmentée de rien du tout.

Malgré toutes les bonnes et sympathiques volontés pour nous enrôler dans tel ou tel combat pour l’argent, il faut reconnaître l’évidence : qu’est-ce que cela apporte si notre finalité n’est pas de s’approprier le temps des autres, mais de disposer librement de son propre emploi du temps, sans empiéter sur celui des autres que l'on ne pourra jamais connaître ?

Parlons donc d’autonomie, dans un sens spécial, une autonomie qui ne soit pas un prétexte pour nous inclure dans les papattes d’un échelon bureaucratique supérieur (merci l’europe). Pourquoi payer un impôt si l’on n’en a pas décidé ? si l’on ne sait qu’à peine quel genre d’activité il permet ? si l’on a pas essayé de communaliser et de s’entraider AUTREMENT que par le biais de l’argent bureaucratisé? J’entends qu’ "heureusement nous avons le droit de vote parce que nous payons des impôts". Mais non c’est l’inverse : malheureusement nous payons des impôts à l’aveuglette parce que nous avons le droit de vote.

Le droit de vote n’a pas été accordé pour « donner du pouvoir » aux habitants, mais pour accompagner la croissance continue des bureaucraties publiques depuis deux siècles, dont le rôle n'a été que de confirmer et d'accélérer la mobilisation des personnes comme main-d’œuvre, par l'unification technique et culturelle des territoires en des marchés toujours plus vastes et abstraits. La « vie politique » n’est rien d’autres que l’ambiance propice à retirer ces bureaucraties de toute épreuve de justification, par lesquelles les habitants pourraient autrement s’approprier les conditions de leur vie quotidienne. Le droit de vote est un élément parmi d’autres des dispositifs qui font participer les habitants à leur propre dépossession. Cette participation délimite alors strictement ce que l’on peut attendre en matière de liberté et d’affirmation de sa propre volonté, c’est-à-dire pas grand-chose. La non-participation ne signifie pas grand-chose non plus, ni le repli sur une éventuelle sphère « privée », ni l’indifférence envers les autres, ni même un acte de révolte conscient de son éventuelle portée. Mais elle est éventuellement une façon de se donner les moyens d’une réappropriation des conditions de vie de base, non négociables, non échangeables, non valorisables, et cela est fondamentalement incompatible avec le fonctionnement de l’économie dont les bureaucraties publiques font pleinement partie.

Colombes, ville-rouage

Par Avalanche :: 10/03/2008 à 10:30 :: Colombes



Il n'est guère possible de parler de « ville » au sujet de Colombes.

Colombes n'est qu'une partie d'un système qui la dépasse largement (et nous avec) : la métropole parisienne. Colombes rouage de la machine économique, comme de toute cette banlieue créée ex nihilo par le déferlement industriel lors du 19ème siècle. Avant l'arrivée du train dans les années 1830, Colombes n'était qu'un petit village de vignerons et de cultivateurs. De quelques centaines d'habitants nous sommes aujourd'hui passés à plus de 80000 déracinés. Dès l'arrivée du train, ce sont ces  ouvriers chassés de Paris par l'inflation des loyers qui font le trajet quotidien pour retourner y travailler, logeant dans les corps de ferme. On en est guère sorti aujourd'hui, on s'en rendra compte chaque matin de la semaine sur le quai de la gare de Colombes en direction de la fourmilière Saint-Lazare. Le train passant sur les terres agricoles de Colombes, cependant, a été rapidement apprécié pour ce qu'il est par ses habitants. Jets de pierres et destructions de matériels ont, pendant des décennies, accueilli à sa juste valeur cette pure technique d'acheminement de flux marchands. Car Colombes sans son train ne serait qu'un rouage mal agencé à la métropole parisienne, et l'on s'en porterait pas plus mal.

La destruction de toute vie sociale par l'économie y est donc particulièrement approfondie, là où il n'est plus possible d'habiter sans en partir chaque jour. Qu'il s'agisse de faire l'imbécile dans un bureau contre quelque argent, ou même de sortir à Paris le week-end en rentrant la nuit par l'interminable « noctilien ». La domination de l'économie n'est sans doute pas aussi complète qu'ailleurs en France que dans la mégalopole parisienne. Et pourtant, elle compte bien peu d'adversaires. Du point de vue de l'économie – le seul qui compte -, Colombes ne sera toujours qu'une étape parmi d'autres du « parcours résidentiel » de ses rouages-économiques, en couple avec enfants, de l’appartement à la maison, du Franprix à la tombe, en passant par les navires porte-conteneurs mondialisés.

Il est exact que vous ne trouverez pas la même population ici qu'à Gennevilliers ou à Sarcelles. Mais c'est la même domination de l'économie qui fait venir puis repartir le cadre IBM ici, l'employé des Impôts là-bas, le sans-papier plus loin. C'est la même machine-travail qui fait circuler l'argent et les personnes, les emplois sans signification et les rendez-vous aux Assedic, les trains dans les banlieues et les voitures sur les autoroutes urbaines, la débilitante nécessité de se vendre, comme celle d'acheter tout ce que cette même machine-travail planétaire fabrique et complique tout à la fois.

L'impossibilité de se représenter cette machine dans ses différentes implications, qu'il s'agisse de cette métropole de 10 millions de déracinés ou de ces kilomètres de bureau où l'on s'ennuie à mourir à force d'abstractions et d'irresponsabilité, cette impossibilité est notre condition commune, par delà les différents petits profits que nous pouvons tirer de notre participation forcée en tel ou tel point du système.

Dépassés par ce système que « nous » avons néanmoins nous-mêmes produit, nous sommes chacun confrontés à l'impossibilité pratique de choisir entre nous comporter comme des poltrons – faire comme si toute cette impuissance n'était pas si grave - et être authentiquement responsable, comme si mot avait encore un sens quand nous participons chaque jour, en tant que travailleur, chômeur, consommateur, électeur, retraité, usager, malade, contribuable, à rendre illisible ce monde à force de chaînes délégations sans fin, et d'interdépendances généralisées à une échelle jamais atteinte auparavant.

Moins que jamais, à l'aune de cette impuissance politique généralisée (et à condition de bien vouloir admettre l'évidence de cette impuissance), il nous est donné de juger autrui et de distribuer les bons et les mauvais points, du haut d'une désormais impossible moralité. Tout est bon à prendre. De l'émeute urbaine à l'association de pétanque. Du Taxiphone à la crèche parentale. Du voisin dont vous ne savez que trop qu'il se branche, lui aussi, chaque soir à son ordinateur-prothèse pour y trouver un ersatz de vie sociale, à cet autre militant qui bricole des illusions d'un autre genre, il n'y a pas à faire le tri ni à faire la fine bouche.

Vous l'aurez compris, il ne s'agit pas dans ce blog de défendre une « décroissance » comme une avant-garde politique d'un insupportable sauver-la-planète-et-toi-tu-fais-quoi-contre-le-réchauffement-climatique. S'il est bien entendu que l'on peut déduire toutes sortes de catastrophes possibles du déferlement technique ininterrompu depuis deux siècles, le pire sera sans doute qu'il ne se passe rien à l'avenir, rien d'autre qu'une lente et interminable agonie de ce qui reste d'humain encore logé au cœur de la mégamachine économique. Rien, pas même une catastrophe. Tentons donc de sortir de l'économie avant même la prochaine catastrophe calculée, et si possible vivants. Rouages nous sommes, rouages nous ne resterons pas :)

 

Avalanche,
un ennemi du meilleur des mondes économiques

 

 

 

 

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